Visite à la ferme

J’étais en vacances cette semaine, j’en ai donc profité pour aller faire une petite visite chez mes voisins d’en face au moment de la traite. 18 h 00, réglé comme un coucou suisse, le cheptel arrive en salle de traite.
Arrivée là-bas je me suis sentie d’un coup toute petite face à ces gros bestiaux qui pèsent en moyenne 700kg et qui peuvent vous envoyer valser en un rien de temps si vous contrariez les plus caractériels. Je vous rassure ce n’est pas la première fois que je vois une vache, mais c’est bien la première fois que je prends conscience de la taille de la bête et surtout que je prends le temps de discuter de la vraie vie des éleveurs.

Elle est là sur son « estrade » et me regarde de haut en ruminant. Elle est belle la vache, une normande, avec de bons cuisseaux et de gros pis bien remplis. Certaines donnent jusqu’à 12 litres de lait par traite. Le tout dépend du vêlage, plus ou moins récent selon la bête. Une vache porte 9 mois, « comme les femmes » me dit en riant mon voisin. Et comme les femmes, la vache peut très vite développer un attachement envers son petit, c’est pourquoi ils sont très rapidement séparés après la naissance. Dans sa carrière, une vache a en général 4 à 5 veaux et finit par être envoyé à l’abattoir. Eh oui, on n’y pense pas comme ça à la voir gambader dans les champs, mais même la vache laitière finit aussi dans nos assiettes ou celles des animaux. Il faut bien en faire quelque chose une fois devenue trop vieille pour donner la vie et donc du lait. La vache dite « réformée » est donc vendue à l’abattoir après négociation. Le prix d’une vache varie d’un animal à un autre, en fonction de sa race, de son poids, de sa musculature, de sa peau, etc. Oui oui en fonction de sa peau aussi, car celle-ci est ensuite récupérée et peut valoir cher si le cuir est en parfait état. Les os quant à eux sont broyés et utilisés à diverses fins (engrais ou farine animal par exemple). Mais il ne faut pas se leurrer, il y a énormément de perte sur la carcasse d’une vache.

Salle de traite
Salle de traite

Déjà il faut savoir que le marché n’est pas en faveur de l’éleveur. Il y a de plus en plus d’intermédiaires sur les circuits de distribution et chacun se prend sa marge. Alors, si à la fin le produit fini se retrouve en supermarché, vous pouvez être sûr que l’éleveur a touché des clopinettes par rapport à votre prix d’achat. On ne le répétera jamais assez mais l’idéal c’est d’aller chez un boucher. Lui achète ses bêtes directement à l’abattoir ou au pire chez un grossiste, parfois même avant, car il peut directement choisir ses vaches dans les champs (plus généralement lorsqu’il s’agit de races à viande).

A quoi bon acheter de la viande sous vide (jambon, lardons, etc.), lorsque l’on voit l’étiquette gorgée de saloperies et les conditions d’élevage des bêtes ? Avez-vous réfléchi, en achetant un poulet en supermarché à sa provenance ? Bien généralement non, on ne regarde pas vraiment. Et qu’en bien même la volaille viendrait de France, est-elle élevée en plein air ; au grain ; en batterie ? Tout le monde n’a pas la chance d’habiter à côté d’une exploitation agricole, mais les bouchers de quartier existent encore (bien qu’ils ont malheureusement tendance à se raréfier), et les boucheries ‘à la coupe’ des supermarchés peuvent très bien faire l’affaire tant que l’on oublie le rayon libre service et les produits industriels. Alors, je ne dis pas, ça dépanne bien lorsque l’on n’a pas le temps ou lorsque l’on arrive en fin de mois.
Je sais ce que pense la majorité des Français : en période de crise on regarde avant tout ce qui est moins cher pour notre porte-monnaie. Oui je suis d’accord, mais il faut voir un peu plus loin que ça tout de même. Avec mon mari, nous avons choisi d’opter pour le « moins mais mieux« . C’est-à-dire que nous préférons acheter moins de produits bon marché qu’auparavant, leur préférer l’achat de produit de meilleures qualité, issu de l’économie locale, certes plus onéreux mais d’en acheter moins souvent afin de ne pas trop sentir la différence de prix sur notre budget alimentation. C’est ce que nous faisons la viande, le poisson et les produits laitiers. C’est notre façon à nous d’être consommateur responsable.

Bien avant parler consommation, qualité de la viande et conditions d’élevage, nous avons parlé conditions de travail. Et là on se prend une sacrée claque.
La vie à la ferme est loin d’être de tout repos on l’aurait deviné, mais l’imaginer est différent que d’aller à la rencontre des gens. Je me suis sentie un peu mal à l’aise à dire ce que je faisais comme travail : une vie au chaud dans un bureau, loin de leur vie à eux… Chez eux c’est 7 jours/7, de jours ou de nuits, pas de week-end ni de jours fériés : il y a toujours du travail qui attends. Il y a même des périodes où c’est 24h/24, lorsque les vaches se décident à vêler à n’importe qu’elle heure du jour et de la nuit, notamment autour des lunes où il faut rester en alerte. Oui ce n’est pas une légende entendue dans L’amour est dans le pré ou vu dans Baby boom, les naissances sont influencées par le cycle lunaire.
C’est beau à écouter un éleveur qui parle de ses bêtes, c’est émouvant lorsqu’il raconte les naissances et les petites joies du quotidien, et puis ça peut être triste aussi lorsqu’il te dit qu’il y a quelques jours il a vu mourir une de ses bêtes en couche, malgré le vétérinaire et les soins apportés. Il n’y a pas de banque de sang pour les vaches m’a-t-il dit, pour la sauver il aurait fallu une transfusion trop importante. Habituellement les transfusions se font de vaches à vaches, on prend les copines d’étable pour se soigner entre elles, mais là ça n’a pas suffi. « Une vache c’est fragile, ça peut tourner de l’œil en un rien de temps ».
J’ai appris aussi que les vaches passent chez le pédicure une fois par an, du moins c’est le pédicure qui se déplace. La taille des onglons se fait désormais avec des grosses machines, des cages spécialement étudiées pour ne pas faire mal aux animaux et laisser le pareur travailler en toute sécurité. Pareur c’est le nom de ce métier qui n’est plus réservé qu’au homme. Bel exemple de la féminisation des métiers agricoles : le pédicure des vaches des voisins est une petite jeune femme toute fluette.

On l’a récemment entendu et on continue à en parler, la pression se fait de plus en plus forte sur les épaules des éleveurs. Les industries agro-alimentaire qui tire leur épingle du jeu en jouant sur leur position dominante d’acheteur, l’Union européenne qui impose de plus en plus de contrôle et réglementation. C’est essentiellement autour de ce propos qu’ont tournés nos discussions.
Les réglementations imposées aux exploitations sont de plus en plus difficiles à suivre, les contrôles de plus en plus fréquents. Mon voisin me l’a dit on ne joue pas avec l’alimentaire, mais les prérogatives de l’UE pèsent lourdement sur les budgets, les petites exploitations peinent à s’en sortir. On cherche à dénaturer les produits fermiers en se cachant derrière des normes d’hygiènes de plus en plus stériles jusqu’à excès. Aujourd’hui le consommateur, poussé par les standards des industriels de l’agro-alimentaire, veux une vie aseptisée, sans bactéries. Sauf qu’il y a bactérie et bactérie.

On m’a dit récemment que le lait de la ferme avait trop le goût de vache… Alors oui, c’est sûr, le lait de ferme à un goût fort, mais on a oublié que c’était justement ça le vrai goût du lait. A trop consommer de produits industriels et modifiés, nous avons oublié le vrai goût des aliments. Alors oui, je suis pour les produits achetés en direct parce qu’en plus de faire vivre l’économie locale, mon achat est propre de toutes modifications superflues, mon produit est le plus pur possible et le plus proche de son état naturel. Pour atténuer ce goût fort, il existe tout un tas de recette comme celle des yaourts, publiée récemment sur mon blog.

Ma visite à la ferme m’a conforté dans mes attentes de vie, dans mes envies de consommation, dans mes choix d’interaction avec autrui : dans mon choix de vie tout simplement. J’ai été à la rencontre de gens simples, humbles et profondément gentils. J’ai eu la chance de partager une heure de leur temps où la discussion ne s’est tarie à aucun moment.
Visite a renouveler sans hésiter et, si vous en avez la possibilité, je vous encourage à pousser la porte des fermes proches de chez vous. Vous aurez peut-être la chance de faire de belles rencontres …

Rencontre au fond de l'étable
Rencontre au fond de l’étable
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